jeu 30/05/2019 - 15:46 Par Xavier Roy
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La semaine dernière, je suis tombé sur ce rapport fascinant de Hill Strategies, une boîte de recherche sur le secteur des arts au Canada (à suivre sur les médias sociaux, d'ailleurs, c'est gratuit!): L'éducation des artistes canadiens. Dans ce rapport, on y apprend notamment que seulement 11% des Canadiens de 25 ans ou plus qui détiennent un diplôme universitaire en art ont une profession artistique comme occupation principale.

Violoniste en concert

Note: ce billet a d'abord été publié sur le site metier-musicien.org le 7 décembre 2015, Reproduit avec la permission de l'auteur.

Vous débutez/poursuivez/terminez un baccalauréat en musique. En soi, c'est un acte de rébellion, voire un anachronisme, mais peut-être encore davantage en 2015.

  • Notre époque, c'est l'ère du pro-am, c'est-à-dire la valorisation de musiciens ou artistes professionnels sans éducation formelle dans leur discipline, dont le succès est obtenu par des plateformes en ligne comme YouTube, BandCamp, SoundCloud, etc. Si ça vous intéresse: https://www.ted.com/talks/ben_cameron_tedxyyc?language=en
  • Notre époque, c'est l'ère de la mort de plusieurs modèles d'affaires traditionnels qui ont prévalu dans le monde musical et culturel depuis des siècles. Si ça vous intéresse: Who Killed Classical Music? (N. Lebrecht), entre autres.
  • Notre époque, c'est le public des institutions qui vieillit, le temps de loisir disponible qui diminue, la fréquentation des arts vivants qui stagne/régresse. Si ça vous intéresse: Engaging Art (Ivey et al.), Culture Track (Rapport de LaPlaca Cohen), statistiques récentes de l'Observatoire de la culture et des communications.

La semaine dernière, je suis tombé sur ce rapport fascinant de Hill Strategies, une boîte de recherche sur le secteur des arts au Canada (à suivre sur les médias sociaux, d'ailleurs, c'est gratuit!): L'éducation des artistes canadiens. Dans ce rapport, on y apprend notamment que seulement 11% des Canadiens de 25 ans ou plus qui détiennent un diplôme universitaire en art ont une profession artistique comme occupation principale. Énormément de jeunes Canadiens décident d'étudier une discipline artistique à l'université mais environ un étudiant sur dix décide ou réussit à en faire sa carrière principale. Dans ce même rapport, Hill Strategies démontre que 28% des artistes professionnels du Canada ont un diplôme post-secondaire dans une discipline artistique et que 23% des artistes professionnels ne détiennent aucune formation postsecondaire. En somme, un son de cloche ou une claque au visage, tout dépendant de votre degré de lucidité: un diplôme universitaire en musique de garantit pas grand chose. Je vous épargne la section du rapport sur l'endettement, le sous-emploi et le revenu moyen...

Comprenons-nous bien: je n'essaie pas du tout de vous décourager dans votre quête d'un baccalauréat en musique. J'ai un baccalauréat en chant classique et ne regrette pas du tout mon choix, puisque je considère que l'étude du chant m'a permis de développer plusieurs aptitudes et habiletés qui me servent quotidiennement aujourd'hui. Ce que je souhaite, c'est vous inciter à être proactifs, à ne (surtout) pas attendre que le train passe, à prendre avantage de toutes les ressources qui sont à votre disposition à l'université, à vous bâtir un réseau alors que vous êtes encore à l'école, à faire le plus de gigs possibles avant d'avoir votre diplôme, etc. Si vous ne voulez pas devenir musicien professionnel, vous avez de multiples occasions à tous les jours d'être créatifs, d'innover, de développer des skills qui vous serviront toute votre vie. Cependant, si vous voulez devenir musicien professionnel, comment vous assurez-vous en ce moment de tout faire pour y arriver?

Si on applique les résultats du rapport de Hill Strategies sur une classe de 40 élèves, il y aura moins de 5 artistes professionnels parmi vous dans quelques années. Que faites-vous pour être l'un d'eux?

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Commentaires

Je trouve cette article intéressent car il me touche directement. Je suis étudiant finissant en musique (interprétation) a l’université de Montréal. Je suis, probablement, un de ceux qui ne ferra pas carrière en musique. Mon parcourt comme musicien est trop ''hors du commun'' pour avoir le niveau de ceux qui feront parti du 11%. Par contre je ne regrette pas mon choix et j'en suis fière. Je ne ferrai pas beaucoup d'argent avec la musique mais j'ai gagner énormément comme personne/humain. J'ai développer une discipline et un sens du travaille auquel je n’aurai jamais développer dans un autre domaine mais surtout quand je serai très très vieux, je ne me dirai pas ; j’aurai don du.

mer 25/03/2020 - 12:36

En tant qu'étudiante en interprétation jazz à l'Université de Montréal, je trouve que cet article très intéressant. Étant très souvent entouré de musiciens qui comme moi, souhaitent faire carrière en musique, j'oublie parfois la dure réalité du domaine et cet article me rappelle de profiter au maximum des ressources qui sont mises à ma disposition à l'Université, car on ne sait jamais jusqu'où cette formation pourrait mener.

mer 25/03/2020 - 15:36

Je suis parfaitement en accord avec cet article. Il n'est pas nécessaire d'avoir un diplôme en musique pour faire des concerts. J'étudie présentement en musique, bien que mes parents m'aient fortement déconseillé de le faire, et je le fais avant tout pour moi. Je le fais pour améliorer mes compétence et ma musicalité. J'ai fait plusieurs concerts avant d'aller étudier en musique, et j'en voulais plus, c'est pour cela que j'ai pris cet décision J'ai présentement deux projets de musique, et bien que mes connaissances en musique ne soient pas toujours nécessaires, je crois qu'elles apporte une couleur et une variation à ces projets. De plus, étudier en musique permet de se développer énormément en tant qu'humain.

mer 25/03/2020 - 23:54
Geoffroy Langelier (non vérifié)

Je trouve surprenant que 23% des artistes professionnels réussissant dans la vie n’aient pas eu à réaliser d’étude postsecondaire en musique. Évidemment je suis d'accord que le talent, l’inspiration et la motivation ne s’apprennent pas à l’école. Cependant, c’est un excellent environnement pour développer la rigueur de travail, rencontrer d’autres musiciens avec qui créer des liens, apprendre les différentes disciplines du domaine de la musique et pousser sa spécialisation jusqu’au bout. En tant que finissant, je suis heureux d’avoir étudié la musique pendant 11 années consécutives de l’école secondaire jusqu’à l’université et d’avoir appris la théorie qui me permet d’être autonome pour mes futurs projets à venir, même s’il y en a peu.

ven 27/03/2020 - 21:55

Je crois qu'il faut faire attention avec ces chiffres, que seulement 11% des diplômés de telle ou telle cohorte gagne sa vie avec la musique est une chose, mais nous avons tous la possibilité de pousser et s'arranger de réussir à vivre de la musique si tel est notre but. Sur une classe de 40, les 40 personnes pourraient gagner leur vie avec la musique s'ils le veulent, mais tout le monde n'est pas à l'université en musique pour la même raison.

sam 28/03/2020 - 16:15

Très bel article.
Étant sur le point de terminer mon bac en musique, je trouve ces statistiques très intéressantes mais surtout surprenantes considérant que la définition de "vivre de la musique" diffère d'un individu à l'autre...
Par contre, je partage le point de vue qu'un "diplôme universitaire en musique ne garantit pas grand chose", et encourage les futurs, et actuels étudiants en musique, a adopter une attitude proactive tout au long de leur parcours scolaire.

lun 30/03/2020 - 19:13

Merci pour cette réflexion autour de ce sujet qui nous devrait nous toucher, qu'on soit artiste (en puissance ou en acte) ou non !
Ayant grandi et fait une partie de mes études musicales en France, je connais encore mal les milieux musicaux canadiens, ainsi que les statistiques issues de l'étude canadienne citée dans l'article (je n'ai toutefois pas pu y accéder, le lien semble mort).
Ceci-dit, j'ai la possibilité de comparer les formations supérieures française et canadienne. Je me demandais dans quelle mesure les musiciens canadiens étaient formés à être des artistes autonomes à l'issue de leur baccalauréat. Il me semble que l'examen final instrumental de baccalauréat n'incite pas l'étudiant à être autonome dans le choix de son répertoire, et ne l'invite pas à réaliser un projet artistique (programme technique, concerto imposé, etc.). Par comparaison, dans mon établissement d'origine, en France, les examens sont remplacés par des récitals, valorisant l'originalité d'une performance tout en conservant une certaine exigence de niveau instrumental (jury extérieur).
J'ai l'impression que le moment où l'on commence véritablement à se développer en tant qu'individualité artistique -au Canada- serait davantage pendant la maîtrise, non ? En tout cas pour les instruments classiques...

mar 31/03/2020 - 14:09

Cet article est très intéressant, il rappelle en effet la dure loi du métier d'artiste. Effectivement, il faut profiter des ressources et des rencontres qu'on nous offre à la faculté. Cependant, on peut aussi continuer en étude supérieure. Cela nous donne un diplôme de plus, mais je pense que durant les études supérieures, on peut trouver sa "marque", son "atout" et essayer de faire en sorte d'allier notre marque de fabrique avec ce que cherchent les gens...

sam 04/04/2020 - 14:32

Article intéressant qui soulève un point important. Ne serait-il pas temps d'avoir une réforme globale des programmes d'arts à l'université ? Cette réforme pourrait accentuer la création d'un réseau de contact et valoriser une formation plus générales. Par contre, des programmes plus modernes existe déjà en musique comme celui de musique numérique à l'Université de Montréal. En tant qu'artiste, la diversification de nos compétences dans nos champs d'expertise vont nous aider à ce démarquer pour une carrière professionnelle.

mar 07/04/2020 - 11:31
Benjamin Dupla… (non vérifié)

Je suis étonnée de lire que seulement 11% des étudiants en art réussissent à vivre de leur musique!

Je suis d'avis que la formation du bach en musique ne couvre pas toute la réalité dans laquelle unE artiste évolue.

C'est peut être pour cette raison que certainEs ne passeront pas par les études universitaire pour faire de la musique au niveau professionnel? Ils et elles voudront plutôt comprendre comment construire une entreprise et comment faire du réseautage? Ici, Hubert Mansion, professeur au Carrefour des Arts de la Scène et de l'Entreprenariat mentionne; « C’est un problème mondial. Ce n’est pas juste québécois. Ce n’est pas normal que l’on n’apprenne pas aux étudiants en lettres, par exemple, à négocier des contrats, à approcher des éditeurs. Les artistes doivent passer des arts au monde du marché des arts». Peut être, en effet, la dure réalité frappe ou ''claque au visage'' dès la fin des études. Le fait d'avoir des dettes, en plus d'essayer de parvenir à ses besoins fait en sorte que certainEs se tourneront vers un autre chemin afin de vivre une meilleure qualité de vie.

mar 07/04/2020 - 17:52

Selon moi , l'université n'a que très peu à voir avec le fait que si peu de diplômés deviennent musiciens professionnels. En fait, l'université est un outil inestimable pour tous les aspirants musiciens. On nous apprend non seulement à devenir meilleurs à notre instrument, mais on reçoit aussi une formation complète qui nous amène à devenir des artistes complets, à développer une pensée critique et à se développer en tant que personne. De plus, on a la chance d'apprendre quotidiennement avec des musiciens professionnels et de côtoyer des centaines d'autres jeunes musiciens dont plusieurs vont peut-être devenir nos collègues de travail plus tard.

Une grande partie du problème réside selon moi dans le fait que, le métier de musicien, il est difficile. La plupart du temps, les musiciens n'ont pas d'emploi stable et les contrats qui leur sont offert à l'occasion ne paient presque rien, donc pas de revenu assuré, ce qui les pousse souvent à devoir avoir un autre emploi (d'où le 11% qui sont seulement musiciens) pour assurer une certaine stabilité financière, et de plus on va se le dire, les instruments coûtent aussi une petite fortune! La musique est aussi milieu très compétitif. Par exemple, pour un poste dans un orchestre professionnel (qui est d'ailleurs une des seules options d'emploi permanent et stable pour un musicien classique) qui peut se libérer peut-être une fois au 20-30 ans dans certains cas, il peut y avoir une centaine de personnes qui convoitent le même poste, et seulement une seule va l'obtenir. Il y a aussi une part de chance dans tout ça, il suffit parfois d'être au bon endroit au bon moment et d'obtenir le contrat ou d'avoir la relation qui va tout changer, mais on peut aussi créer cette chance en se donnant à fond dans tout ce qu'on fait et en saisissant toutes les opportunités.

jeu 09/04/2020 - 18:48

Très bon article qui me concerne directement. Je suis finissant à l'université et je pense beaucoup au futur et à comment je vais pouvoir payer un loyer en gardant la musique près de moi. On est souvent pris dans des situations à devoir accepter des contrats moins payant que ce que cela devrait l'être pour être sur d'y arriver. Par contre, il y aura toujours la possibilité de se tourner vers l'enseignement de la musique, le partage de son art à d'autres générations qui auront eu aussi leurs chance de marquer la musique. Ça reste une option très stable en terme de revenu et qui est autant gratifiant que de faire un spectacle de musique!

jeu 09/04/2020 - 23:09

Tout d’abord, je trouve intéressant et pertinent que l’auteur de ce blogue ai soulevé cette réflexion que l’on n'ose pas vraiment discuter.
Par contre, on doit faire attention à ce qu’on fait dire aux chiffres. Ce pourcentage pris hors du contexte global du domaine la musique et des études universitaires en général ne donnent pas une image réelle.
Le 11% qui réussit représente combien de pourcentage dans le milieu musical professionnel, l’université n’étant pas le seul domaine de formation en musique ? Il y a les programmes d’études collégiales techniques et les formations préuniversitaires au conservatoire. Plusieurs artistes ont pris des formations privées et ainsi que des master class.
Dans le domaine musical, quel est le pourcentage d’artistes ayant une formation universitaire ou autres ? Parmi tous les artistes qui ont réussi sans formation universitaire quel est le pourcentage de ceux qui ont essayé, mais qui n’ont pas pu percer dans le domaine ?

Une chose est certaine, lorsque l’on entreprend des études universitaires en musique, on est conscient qu’il n’y a pas une garantie de travail à la fin de notre formation, la pérennité de ce travail n’étant aussi nullement garantie.

Ce n’est pas le seul domaine universitaire où les chances de trouver du travail ne sont pas garanties.
Est-ce que cela veut dire que les programmes en musique ne sont pas assez contingentés?
Sinon, est-ce que la formation qui est offerte au niveau universitaire n’est pas assez axée sur l’aspect pratique, mais donne trop de place à l’étude théorique sur notre perception sur la musique ?

jeu 09/04/2020 - 23:16

J'ai chois d'étudier en musique car c'est ma passion. Depuis tout petit, je rêve de devenir musicien. Il y a quelque années j'ai compris que ce n'était pas tout le monde qui pouvait réussir même en sortant de l'université avec un doctorat en mains. Cependant les personnes qui réussissent sans diplôme on seulement réussi à attirer le public vers eux. Tout le monde peut réussir à le faire. Je vais continuer d'étudier en musique parce que j'aime ça et si je ferai parti du 11% alors ce sera tant mieux et si je n'en ferai pas parti, je travaillerai plus fort pour y entrer.

Bravo pour l'article il est très intéressant.

jeu 09/04/2020 - 23:52

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